Depuis l’apparition des réseaux sociaux vous avez certainement déjà vu des photos d’enfants publiées par leurs parents, souvent de dos ou avec un « smiley » sur le visage, censé les rendre méconnaissables.
À l’heure où les sociétés développant des outils d’intelligence artificielle, telles que META (Facebook, Instagram, WhatsApp…), exploitent massivement les données des utilisateurs, cette pratique s’avère peu efficace, comme le souligne Lisa Ventura, spécialiste en cybersécurité, dans une interview accordée à The Independent.
Pourquoi est-ce une si mauvaise idée ? Pas forcément parce qu’il existerait des moyens de « reconstituer » le visage de votre enfant sous l’émoji – d’après The Independent, les informations à ce sujet sont contradictoires. « Dans la plupart des cas, quand une image est enregistrée, l’émoji est imprimé dessus : on ne peut pas voir “en dessous” », précise le média. Le problème vient plutôt de la quantité d’informations partagées, sans même s’en rendre compte, dans une seule photo – qui vient s’ajouter à celles qui l’ont précédée ou celles qui suivront.
« Même avec un visage couvert, vous partagez une quantité massive d’informations identifiables », souligne Lisa Ventura. L’âge approximatif de votre enfant et sa corpulence, des données géographiques, les heures de trajets vers l’école… Ajoutés aux autres photos postées, ces détails indiquent beaucoup sur votre routine quotidienne. Et en plus des autres utilisateurs des réseaux sociaux, il y a aussi les informations récoltées par la plateforme que vous utilisez : « toutes les photos que vous postez entraînent la reconnaissance faciale des algorithmes et construisent des profils de consommateurs pour la publicité », ajoute Lisa Ventura.
Comment poster une photo sans prendre de risque ?
Pour l’experte en cybersécurité, la première chose à faire est de se demander ce que « raconte cette photo », en prenant en compte les métadonnées, les détails dans le fond, et les schémas répétitifs qui permettent d’identifier l’emploi du temps de votre enfant (anniversaires, école, activités…) Il faut également faire attention aux surfaces réfléchissantes, qui peuvent montrer des choses que nous ne voulions pas montrer.
Si vous souhaitez partager des photos de vos enfants avec des proches, Lisa Ventura suggère de passer votre compte en privé. Et pour savoir ce qui peut, ou ne peut pas finir en story, elle propose une règle : « Si vous ne donneriez pas une version physique de cette photo à un inconnu dans la rue, ne la postez pas en ligne ». De manière plus générale, l’experte recommande de s’interroger sur le consentement de sa progéniture : « Les enfants méritent de voir leurs droits protégés jusqu’à ce qu’ils soient assez vieux pour prendre des décisions sur leur empreinte numérique eux-mêmes. »
